
Depuis plus de trente ans, le travail de
Roman Signer évolue en fonctions d’éléments récurrents, comme le kayak, le bidon, l’explosif, la fumée. Il commence par construire lui-même les objets en bois et en métal qu’il place en interaction
avec les forces de la nature (effets du souffle, de la gravitation, du feu, etc.). Mais très vite, il travaille avec des objets : des ballons, des seaux, des aspirateurs, des moteurs, des bidons,
des ventilateurs. Il considère ces éléments comme des outils, de la même manière qu’un sculpteur recourt à un ciseau.
La façon dont Roman Signer utilise l’hélicoptère, par exemple, est symptomatique : « L’hélicoptère comporte un mécanisme complexe mais logique, souvent sans châssis, un peu comme un robot. Je peux
peindre par exemple avec un hélicoptère : avec un pinceau ou avec un spray fixé sous l’hélicoptère ; le pilote dirige l’engin et moi je peux commander le spray. J’ai à disposition certains éléments
et je peux les combiner les uns avec les autres. La fusée peut s’associer avec du sable ou de l’eau, le parapluie avec le ballon, etc. C’est comme un langage, avec une multitude de combinaisons. Et
je tiens à jouer avec le même vocabulaire, en essayant d’être rigoureux. Je réduis volontairement mon vocabulaire. Mais je ne suis pas un artiste minimaliste. Je suis plutôt un artiste
“élémentaire”. Je travaille avec les éléments et les formes qui me paraissent les plus simples (1). »
Roman Signer est surtout connu pour son travail lié aux explosifs. Il est devenu l’ « explosif artiste », l’homme qui met sa tête dans un tonneau de goudron et le fait exploser. Mais cette face «
publique » ne reflète pas complètement son intérêt premier : la mise en œuvre d’un système où la transformation des éléments se révèle lors d’un processus temporel. Avant, pendant, après l’action,
chaque étape est importante. « Le moment où, par exemple, un objet est dans l’air et qu’il tombe est très important. C’est comme un rêve. Comme tout le monde, j’aime bien les feux d’artifice. Mais
je m’intéresse beaucoup plus à la période précédant les feux : à la construction, la préparation. Il s’agit là de sculptures anonymes. Et le moment qui suit l’événement est également important.
Lorsque j’étais enfant, j’allais toujours regarder après les feux d’artifice les restes des fusées plantées dans la terre. Je trouvais ça beaucoup plus intéressant que l’événement en lui-même.
J’étais tellement heureux de voir ça. Je ne fais pas de feux d’artifice : je m’intéresse à la vitesse, au temps. Ça m’agace qu’une fusée ne puisse faire autre chose que d’éclater. PAF et on
l’oublie (2) »
Les travaux de Roman Signer fonctionnent à l’inverse d’une bombe à retardement. La tension ne précède pas la détonation, elle lui succède. La fumée se dissipe, le spectacle semble fini… S’insinue
alors, dans l’esprit du spectateur, un doute, une incertitude. Derrière la fumée, derrière l’image donnée, paraissent se dessiner des zones instables où la notion de temps se dilate à l’infini, où
le réel se réduit en termes de possibilités. Concrètement, derrière l’image, il n’y a rien, strictement rien. Et c’est dans ce rien que tout se joue, dans ce rien que Roman Signer laisse entrevoir
des réponses qui ne sont qu’au bout de la langue.
Marc-Oliver Wahler
1. Propos recueillis par Marc-Olivier Wahler en mai 1998.
2. Ibidem.
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Mardi 21 octobre 2008
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